Prématurité et Culpabilité

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Il y a quelques jours, je discutais avec Virginie.

Virginie est maman d’une petite souris de 11 mois qu’elle a eu prématurément.

Nous discutions de tout et de rien quand les bavardages se sont portés sur la prématurité de nos enfants respectifs. Elle m’avouait culpabiliser du fait que sa fille était née « trop tôt ».

A force de lecture et de discussion sur le sujet, je me suis rendu compte que ceci est très très fréquent.

Je suis quelqu’un de très rationnel (trop même) du coup cela me semble étrange de culpabiliser pour une chose sur laquelle on a aucune prise.

Je vais essayer d’alléger un peu ce poids sur les épaules des mamans de préma.

Tout d’abord

J’attire ton attention sur la photo que j’ai mise en haut de cet article. C’est le logo de #WeLovePrema.

Une opération de soutien à l’association SOSPrema initiée par MontRoucous et Verbaudet.

Une belle opération qui vise à collecter des boddies en taille préma pour les customiser et les redistribuer à ceux qui en ont besoin dans les hôpitaux.

Cette association aide les parents de prématurés à appréhender la situation avec tout un tas d’infos ainsi que des témoignages de papas et de mamans de préma.

On se sent vraiment moins seul. J’aurais aimé connaître cette association avant.

Je t’invite grandement à visiter leur site. C’est une mine d’or pour les parents.

 

En ce qui nous concerne

Nous avions été préparés à cette éventualité très tôt.

Une grossesse gémellaire après certains problèmes physiologiques qui nous avaient conduit à une FIV (Fécondation In Vitro). C’était même logique…

Nous avions donc tout fait pour que la grossesse dure le plus longtemps possible.

Maman Trucs a eu droit à des aménagements dans son travail. (plus de portage de poids…)

Elle a été mise en arrêt maladie pour ne courir aucun risque très tôt.

Elle n’a couru aucun risque jusqu’au bout. (quitte à passer la journée sur le canapé)

Et si tu as lu la naissance de nos jumeaux, tu le sais, elle a perdu les eaux en pleine nuit alors qu’elle dormait. Et tout ça parce que monsieur Léo avait percé la poche des eaux à force de mettre des coups de talons dedans…

Il était impossible de prévoir ça. Il était impossible de prendre plus de précautions. Mais c’est arrivé. (avec toutes les connotations accidentelles qu’on peut y mettre)

Il y a parfois des choses que la vie décide pour nous.

Même si nous étions préparés psychologiquement, il a fallu encaisser la situation. Prendre les choses comme elles sont et faire avec ( faire comme on peut).

La prématurité de nos enfants a bouleversé ma femme. Je la voyait désemparée, déjà pleine de regrets, épuisée et frustrée de ne pouvoir commencer leurs vies « normalement ».

Nous avons été séparés de Lou une semaine qui nous a parue des semaines. Des soucis respiratoire l’ont amenée à faire son premier baptême d’hélicoptère… Ceci a rajouté de la frustration et la culpabilité de ne pouvoir se déplacer jusqu’à elle.

De mon côté, je ne me sentais pas le droit de faillir. Je devais être fort pour Maman et pour nous quatre. Je devais être l’épaule sur laquelle elle pouvait se reposer.

Personne ne me vit verser une larme. (sauf peut-être une infirmière de passage et mes beau-parents qui l’on juste entendu au téléphone)

Je pense que cela m’a appris des choses que je n’aurais jamais su sur moi-même.

Cela m’a confirmé que j’étais prêt à être le père que je voulais. Et je me sens plus fort que les autres parents depuis. Parce que personne ne sait ce qu’il est prêt à endurer avant d’avoir traversé une épreuve comme celle-ci.

 

La culpabilité ronge le cœur

La culpabilité, comme tout autre sentiment d’ailleurs, est une chose irrationnelle. c’est un sentiment de bas niveau (comme la colère) qui te ronge.

Je ne pense pas que te donner tous les arguments rationnels du monde te convaincra.

Pourtant, c’est la réalité telle qu’elle est. La prématurité est un risque pour TOUTES les grossesses. Il n’y a pas de déclencheur définit.

Tu penses ne pas avoir assez écouté ton corps. Comme si c’était une chose évidente. Avoir conscience de soi-même, ça s’apprend, ce n’est pas inné. Pour ma part, (c’est pas forcément comparable vu que je suis un homme) je n’en ai jamais vraiment eu conscience. Je me blesse souvent et m’en rends compte bien plus tard. Je me cogne souvent parce que je n’ai pas conscience de mon gabarit.

En plus, pour une première grossesse, les choses sont tellement inconnues, nouvelles. Comment interpréter un signe comme une alerte quand on ne sait pas ce qui est normal ou pas.

Les mères dans ce cas se dise souvent « j’aurai dû me ménager, arrêter le travail plus tôt… »

Moi j’entends juste la-dedans « j’aurai dû … ».

Ta culpabilité est une somme des regrets que tu traînes. Je l’appelle MARTINE.

Martine ? C’est un petit diablotin, une petite voix dans ta tête qui est toujours là.

Martine, elle sait ce qui te fait mal, elle sait ce que tu regrettes, elle sait ce dont tu as peur…

Et elle te le met toujours dans les dents au meilleur moment. C’est son boulot et elle le fait bien.

 

Les conséquences de la prématurité

— La difficulté à créer du lien avec son enfant.

On a souvent des images idéalisées des premiers instants de la vie. Maman rencontre son enfant dans la salle d’accouchement. L’un contre l’autre, ils apprennent à se connaître…

Ma femme n’a pu voir nos enfants que 7h après leur naissance. Et les prendre contre elle que bien plus tard.

Beaucoup de maman de prématurés ont le sentiment de ne pas avoir créer ce lien si précieux avec leurs enfants. La séparation et les difficultés médicales les éloignent et nous frustrent.

Evidemment, la situation n’étant pas idéale, on est dans l’attente, dans la peur et désemparés.

Mais le lien se crée toujours avec le temps. La barrière qui nous sépare est psychologique. « Je l’ai fait naître trop tôt. J’ai peur de lui faire du mal, d’être une mauvaise mère. J’ai peur qu’il/elle m’en veuille… »

Tu es la seule à t’en vouloir Martine ! Submergée par cette souffrance, tu as peur qu’elle soit contagieuse.

Tu n’es pas parfaite ? Tant mieux ! Tu aimes ton enfant. C’est tout ce qui compte pour créer le lien.

— Martine prend le contrôle de ta vie

Comme je le disais Martine est toujours là. Tu dois faire un choix : l’écouter ou la faire taire.

On passe souvent trop de temps à l’écouter. Le problème c’est qu’elle nous empêche d’avancer vers ce qui nous importe vraiment.

A force de l’écouter, elle peut prendre le contrôle de nos vie. C’est comme ça qu’on est persuadé d’être nul dans certains domaines alors qu’il suffirait d’essayer de s’améliorer pour comprendre que rien n’est insurmontable.

La vie fait les choses bien. Elle ne nous présente que des épreuves que nous pouvons surmonter.

Alors arrête d’écouter Martine ! (et toutes les personnes médisantes)

Ce n’est pas elle qui a pris les plus grandes décisions de ta vie.

Ce n’est pas elle qui t’a poussé vers tes plus belles victoires.Elle n’a même pas d’enfant.

Elle est juste là pour te focaliser sur ce que tu aurais pu améliorer et pour te tirer vers le bas. Elle n’a de pouvoir que sur toi.

— Un travail sur soi

Il est difficile de se libérer de ces entraves psychologiques qui nous blessent.

Un psychologue pourrait t’aider à avancer vers le mieux-être.

Cela ne marche pas pour tout le monde mais faire l’effort d’y aller te fera déjà évoluer. Si ce n’est avec un psychologue, le plus important est de ne pas rester seule face à la douleur. Elle ne ferait que grandir.

Le but est de se débarrasser de ce poids.

On vit toujours avec son passé mais il peut avoir plus ou moins de prise sur nous.

C’est à nous de faire ce travail sur nous-même pour notre bien et celui de nos enfants.

 

J’espère avoir un peu allégé le poids sur tes épaules. Certes je ne suis pas psychologue, mais j’espère t’aider à avancer en te faisant réfléchir.

Dis-moi si ça t’a aidé dans les commentaires. Et tu peux aussi partager ton expérience pour partager avec celles et ceux qui te suivront sur cette page.

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6 Commentaires

  1. très joli ce que tu dis…ça n’a pas du être facile évidemment mais vous semblez être des parents au top!

  2. Je pensais avoir bien vécu le fait d’avoir eu des prema (très léger) mais l’impact du passage neonat c’est fait ressentir beaucoup plus tard. Outre le fait d’avoir vu mes bébés des heures après l’accouchement (ce qui est quand même frustrant faut le dire) , j’ai ressenti les effets lors de problèmes de maladie où il pouvait y avoir un risque d’hospitalisation, je m’effondre, j’ai peur qu’on me retire de nouveaux mes enfants… en y réfléchissant je sais d’où ça viens. et je ne peux plus regarder un reportage sur les prema sans verser ma larme!

  3. mes jumelles sont elles aussi arrivées très tôt, et donc cet article m’a bcp touché. j’ai encore bcp de mal à accepter le passé, mais j’espère apprendre à vivre avec, avec le temps… merci de vos conseils

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